Un Pitbull Nommé Himler

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Un pitbull nommé Himmler Réflexions sur les chiens agressifs Races et comportement
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UN PITBULL NOMME « Himmler »

C'était un pittbull, qui plus est nommé Himmler. Qu'il ait attaqué une fillette c'était inévitable, connaissant la personnalité de son maître. Tel est le discours d'un comportementaliste alsacien.

 Jean-Marc Graff cultive les paradoxes quand il affirme : « On n'a jamais vu de chiens dangereux, mais des chiens rendus dangereux. » Il prend aussi à rebrousse-poil les classiques caractères des races canines : le tempérament particulier du teckel, le côté peu démonstratif du chow-chow, la douceur du « Lassie » seraient-ils des vieilles lunes ?

 Toujours est-il que le Strasbourgeois récuse l'association entre race et comportement, tout en reconnaissant qu'on puisse « associer lignées et comportement ». Jean-Marc Graff admet aussi que certaines races sont moins sensibles à la douleur physique. Donc que les chiens rendus mordeurs de telle ou telle race sont difficiles à maîtriser.

Pour un permis de détention

Tout cela pour « dédouaner » les pittbull, boer-bulls, shar-pei, rottweiller et autres « molosses », alors qu'ils peuvent représenter un risque considérable. A l'évidence, lorsqu'un chien de 60 kg passe à l'attaque, le danger est infiniment plus sérieux que s'il s'agit d'un yorkshire de 2 kg. Aussi est-il légitime que la société prenne des mesures pour se protéger.

 Si M. Graff admet cette nécessité, il s'insurge contre les offices d'HLM qui interdisent la détention de pittbull. En revanche, il approuve la proposition de loi de Philippe Vasseur qui préconise l'obtention « d'un permis de détention d'animaux réputés dangereux ». Une attitude en phase avec la mission confiée par Jean-Pierre Chevènement à Georges Sarre. Ce dernier devra, en effet, propose des mesures en vue de réglementer la vente, la possession et l'usage des chiens d'attaque. (voir aussi en informations générales dans le premier cahier)

 En Allemagne, d'après la vétérinaire Catherine Siebenschuh, de Neunhoffen, seul le Land de Hesse exige un permis qui autorise la possession d'un chien « dangereux » sans précision de race. A côté de cette sorte de permis de conduire, rien en matière d'élevage, tandis qu'ailleurs en RFA chaque commune peut imposer la laisse, voire la muselière.

 Comme d'autres pro-chiens, le comportementaliste alsacien accepterait l'obligation de la muselière. Mais ce qu'il stigmatise, ce sont les propriétaires de chiens à problèmes. « L'achat d'un pittbull ou d'un rotweiller n'est pas un acte gratuit (...) cela amène à poser de vraies questions sur l'acquéreur ».

 Celui qui joue la terreur du quartier avec l'arme par destination qu'est le pittbull est un véritable danger public. Aussi l'éthologue s'autorise-t-il une comparaison : « On interdit bien à certains d'adopter un enfant (...) Il faut un environnement minimum pour qu'un chien s'épanouisse, s'intègre dans la société et ne représente pas un danger ».

 Et de citer en exemple « un rottweiler mordeur, appartenant à une dame de 1,54m, mère de 10 enfants de 11 mois à 13 ans, dans un trois pièces au Polygone ». Sollicité par la SPA, le cynophile a refusé de s'occuper du « cas » : « Comment voulez-vous que ça tourne rond ? Je ne pouvais pas engager de thérapie comportementale, c'était une histoire perdue d'avance... »

Un chien bien dans ses poils

 Contrairement à ce qu'on pourrait s'imaginer, ce n'est pas le chien agressif qui est à rééduquer, mais son propriétaire. « Je n'agis pas sur les chiens, je forme les maîtres », dit le comportementaliste qui ajoute : pour qu'un chien « soit bien dans ses poils », l'animal a besoin de cohérence, de clarté dans ses relations avec son maître.

 C'est ainsi qu'il remet à leur place respective les deux partenaires : « Des chiens sont agressifs parce que des maîtres habitent chez leur chien (...) Le maître, comme le chef d'une bande de chiens, mange avant les autres et occupe tout l'espace de la bande. Il ne faut pas tolérer que le chien occupe le fauteuil ou la chambre à coucher. En jouant sur ces deux choses, on remet le chien à sa place. » Jean Marc Graff conclut : « Il faut apprendre aux gens à traiter les chiens en chiens, et pas en être humains. »

 Le cas des chiens dressés à mordre est une autre paire de manches. « Il y a des formations au mordant qui se font au noir, hors club, donc sans contrôle, au Neuhof », déplore le cynophile qui va plus loin : « Le dressage au mordant devrait être interdit, sauf pour l'utilitaire », comme les chiens de patrouille. Car toutes les déviations sont à redouter d'un dressage par un maître fantasque ou malfaisant.

Michel Gissy © Dernières Nouvelles D'Alsace, Mercredi 1 Octobre 1997

 

 

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